Quand je choisis ce que j’espère plutôt que ce qui est : se choisir autrement
« Je vais le changer. »
Combien de fois ai-je entendu cette phrase ?
« Il est comme ça, mais je vais le changer. »
« Il va finir par comprendre. »
« Quand il m’aimera vraiment, il changera. »
« Avec moi, ce sera différent. »
Et parfois, ce n’est même pas dit comme ça.
C’est juste une petite voix intérieure qui murmure :
Il pourrait être différent.
Cette relation pourrait devenir autre chose.
Cette entreprise pourrait fonctionner autrement.
Ce travail pourrait finir par me plaire.
Quand les choses seront différentes, je serai enfin bien.

Et c’est là que le piège commence.
Tomber amoureuse d’une histoire idéalisée
Parce qu’au fond, je ne suis plus vraiment en relation avec ce qui est.
Je suis en relation avec ce que j’espère que cela devienne.
Je regarde la personne qui est devant moi, mais je vois aussi celle qu’elle pourrait devenir.
Je regarde la relation telle qu’elle est, mais je m’attache à celle que j’imagine.
Et plus je crois à cette possibilité, plus il devient difficile de regarder la réalité en face.
Parce que si je reconnais que cette personne ne changera peut-être pas…
Que cette relation est peut-être déjà exactement ce qu’elle est…
Que ce travail ne deviendra peut-être jamais ce que j’espère…
Alors je dois regarder ce que, moi, je choisis aujourd’hui.
Et ça peut faire peur.
Alors je reste.
J’attends.
Je patiente.
Je donne encore une chance.
Puis une autre.
Parce que je ne veux pas être déçue.
Et pendant ce temps, qu’est-ce que je fais de moi ?
C’est peut-être là que le sujet devient intéressant.
Pendant que j’attends que l’autre change, que la situation évolue, que les choses deviennent enfin comme je voudrais…
Qu’est-ce que je fais de moi ?
Est-ce que je continue à m’adapter ?
À patienter ?
À comprendre ?
À excuser ?
À minimiser ce qui ne me convient pas ?
À mettre mes besoins de côté parce que « ce n’est pas si grave » ?
À me dire que ça ira mieux plus tard ?
Parce qu’il y a une différence entre accepter que quelqu’un puisse évoluer — ce que nous faisons tous — et construire ma vie autour de la personne que j’espère qu’il deviendra.
La relation se vit aujourd’hui.
Avec la personne qui est là aujourd’hui.
Pas avec celle que j’imagine.
Et ce qui est vrai dans une relation peut l’être ailleurs.
Je peux faire la même chose avec un travail.
Avec une entreprise.
Avec une situation.
Avec un projet.
« Quand j’aurai changé de poste, je serai enfin épanouie. »
« Quand elle aura grandi, tout deviendra plus simple. »
« Quand les choses seront différentes, je pourrai enfin… »
Le mécanisme est le même.
Je remets mon choix à plus tard, en attendant que la réalité corresponde enfin à ce que j’espère.
Pourquoi est-ce que je reste ?
Alors, pourquoi est-ce que je reste dans une relation - ou situation - qui ne me convient pas ?
Pourquoi est-ce que je continue à choisir quelque chose qui ne me convient pas, parce que j’espère qu’un jour cela deviendra ce que je désire ?
Les réponses peuvent être nombreuses.
La peur d’être seule.
La peur de regretter.
La peur de faire le mauvais choix.
L’attachement anxieux.
La loyauté familiale.
La pression sociale.
Le regard des autres.
La peur de décevoir.
La croyance qu’il faut tenir.
Qu’il faut réparer.
Qu’il faut sauver.
Qu’il faut être patiente.
Ou simplement cette vieille peur :
Et si je partais… et que je ne trouvais jamais mieux ?
Et derrière certaines de ces peurs, il y a parfois quelque chose d’encore plus profond.
Derrière tout cela : être choisie
Parce que je peux préférer être choisie par quelqu’un qui ne me convient pas à ne pas être choisie et rester avec moi-même.
Ça peut sembler absurde écrit comme ça.
Et pourtant.
Combien de choses suis-je prête à accepter pour pouvoir (se) dire :
Il m’a choisie.
Elle m’a choisie.
Quelqu’un m’aime.
Comme si être choisie par quelqu’un donnait une valeur particulière à mon existence.
Comme si ne pas être choisie signifiait que quelque chose n’allait pas chez moi.
Comme si rester seule était un échec.
Et cette idée-là, elle ne vient pas de nulle part.
On nous a longtemps appris à être la gentille fille.
Douce.
Jolie.
Disponible.
Au service de l’autre.
À être celle qui prend soin.
Celle qui comprend.
Celle qui tient la maison, la famille, le couple, les émotions de tout le monde.
Et même si les choses évoluent, beaucoup de ces injonctions sont toujours bien présentes.
Depuis fort longtemps, on a enfermé les femmes dans des rôles, des archétypes : la vierge, la mère, la putain.
Des façons d’être regardées, désirées, choisies.
Mais une femme n’a pas à mériter sa place.
Elle n’a pas à être choisie pour avoir de la valeur.
Chaque femme est un être humain.
C’est son droit de naissance.
Elle le mérite.
Point.
Alors oui, être aimée compte.
Être désirée compte.
La relation compte.
La sexualité compte.
Une alchimie sexuelle de dingue peut être magnifique.
Mais une alchimie sexuelle de dingue n’est pas nécessairement une compatibilité de vie.
Parfois, c’est la seule chose qui fonctionne dans une relation.
Est-ce que c’est suffisant ?
Chaque personne a sa propre réponse à cette question.
L’important, c’est de pouvoir se la poser.
Vraiment.
Sans répondre à la place de soi avec ce qu’on nous a appris à vouloir.
Se choisir sans forcément partir
Et peut-être que c’est aussi ça, grandir.
Arrêter de regarder l’autre uniquement à travers ce qu’il pourrait devenir.
Arrêter de construire une relation avec un potentiel.
Regarder ce qui est là.
Ce qui fonctionne.
Ce qui ne fonctionne pas.
Ce que je ressens.
Ce dont j’ai besoin.
Ce que je choisis.
Et accepter que l’autre soit autre.
Qu’il puisse ne pas changer.
Qu’il puisse faire ses propres choix.
Et que ces choix ne soient pas nécessairement les miens.
Parce que laisser l’autre être qui il est ne signifie pas que je dois rester.
Et me choisir ne signifie pas nécessairement partir.
Ça signifie pouvoir regarder la réalité sans avoir besoin de la tordre pour qu’elle corresponde à mon désir.
Pouvoir choisir à partir de ce qui est.
Pas à partir de ce que j’espère.
Et peut-être que le vrai changement commence là.
Pas quand l’autre change.
Quand je me choisis.
Quand j’évolue vers moi.
C’est ce que j’explore dans mes séances : discerner les endroits où nous avons appris à nous éloigner de nous-mêmes, pour retrouver peu à peu notre capacité à nous choisir.




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